Demandeurs d’emploi: petit frémissement en mars dans la courbe des inscrits

Le nombre de chômeurs a diminué en mars en France pour la première fois depuis juin 2009, selon des chiffres publiés mardi, mais il y a eu davantage de demandeurs d’emploi exerçant une activité réduite ou pris en charge dans des stages, des formations ou en contrats aidés.

Ces chiffres mensuels, dont le gouvernement s’est félicité, mesurent le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi pour rechercher un travail et bénéficier d’une indemnisation. L’Insee mesure chaque trimestre le nombre de chômeurs, que la personne soit inscrite ou non.

Dans la première catégorie (dite A), Pôle emploi recense les personnes cherchant tout type de contrat de travail et n’ayant pas du tout travaillé dans le mois, soit 2.661.300 personnes fin mars en métropole (-0,2% ou -6.600 personnes par rapport à février, +9,8% sur un an).

« Il faut remonter à février 2008 pour avoir un aussi bon chiffre », a dit le secrétaire d’Etat à l’Emploi Laurent Wauquiez, affirmant « rester prudent » car « on aura encore de moins bons mois » selon la métaphore désormais éprouvée de la « tôle ondulée » utilisée par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde.

Celle-ci a noté « avec satisfaction cette baisse du chômage qui confirme la stabilisation du marché de l’emploi depuis le début de l’année ».

Autre lueur positive, Pôle emploi enregistre depuis un an une augmentation en dents de scie des offres déposées par des employeurs.

Les ménages français, dont le moral a encore baissé en avril selon l’Insee, sont moins optimistes et plus nombreux à anticiper une augmentation du chômage.

Selon Pôle emploi, la baisse du chômage se fera attendre jusqu’en 2011 et sera faible.

L’autre indicateur diffusé mardi englobe les catégories A, B et C inclut les demandeurs d’emploi occupant une activité réduite, dont les petits revenus sont déduits de l’indemnisation chômage.

Près d’1,3 million de personnes ont ainsi un pied dans l’emploi, un pied dans le chômage. Tous sont tenus de faire des actes positifs de recherche d’emploi.

Leur nombre a atteint 3,891 millions fin mars (+0,5% ou +18.100 par rapport à février, +12,3% sur un an) en métropole.

En comptant les départements d’outre-mer (DOM), les inscrits A,B,C étaient 4,130 millions fin mars.

Pour les moins de 25 ans, c’est le cinquième mois consécutif de baisse des inscriptions, délicate à interpréter car cette tranche d’âge compte une partie de jeunes tentés de ne pas s’inscrire car n’ayant pas droit à une indemnisation.

C’est en Haute et Basse-Normandie, ainsi qu’en Picardie et Nord-Pas de Calais que la part des jeunes inscrits au chômage est la plus élevée. La situation y est plus grave de ce point de vue que dans les DOM.

Plus souvent en intérim et en CDD que leurs aînés, les jeunes avaient été les premiers touchés par la crise.

Autre changement par rapport au début de la crise, davantage de demandeurs d’emploi sont en stage, formation ou cellule de reclassement (+30% sur un an) ou bénéficiaires de contrats aidés par l’Etat (+36,4% sur un an).

Les chiffres de mars restent source de préoccupation du fait de la nouvelle poussée du chômage de longue durée: fin mars, 1,374 million de personnes étaient inscrites depuis plus d’un an (catégories A, B, C, +31,4% en un an).

Ils illustrent aussi douloureusement les difficultés d’une partie des salariés à avoir une carrière complète, indissociables selon les syndicats du débat national sur les retraites.

Quand on est au chômage, seules les périodes indemnisées permettent la continuation d’acquisition de points de retraite au même niveau que le dernier emploi.

 

Le Point.



Nicolas Sarkozy et le casse-tête chinois

Nicolas Sarkozy et le casse-tête chinois dans La une moz-screenshot-7moz-screenshot-8 dans La une

Nicolas Sarkozy rencontre le président Hu Jintao, lors de sa  première visite d'Etat en Chine, en novembre 2007.
Nicolas Sarkozy rencontre le président Hu Jintao, lors de sa première visite d’Etat en Chine, en novembre 2007. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Le président français entame mercredi sa seconde visite d’Etat en Chine avec pour mission de sceller la réconciliation avec Pékin, deux ans après la brouille sur le Tibet. Retour sur trois années de relations compliquées.

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Lors de son premier voyage en Chine en qualité de chef d’Etat, en novembre 2007, Nicolas Sarkozy avait résumé sa position en une phrase lourde de sens : «Je m’inscris dans la continuité de Jacques Chirac. Mais j’espère faire beaucoup mieux.» Le président fraîchement élu se savait attendu au tournant par les Chinois, habitués à traiter depuis des années avec leur «vieil ami» Jacques Chirac, fin connaisseur de l’Empire du Milieu et de ses coutumes. Si la diplomatie chinoise appréciait la discrétion de Jacques Chirac sur les sujets sensibles, elle redoutait en revanche le franc-parler, la volonté affichée de «rupture» et l’atlantisme de son successeur.

 

Pour rassurer les Chinois, Nicolas Sarkozy ne s’est donc pas radicalement démarqué de son prédécesseur sur les sujets qui fâchent à Pékin : Taïwan, le Tibet, l’embargo européen sur les armes, les libertés individuelles… Voyageant sans Rama Yade, alors secrétaire d’Etat chargée des Droits de l’Homme, Sarkozy est resté modéré. Son réalisme s’est avéré payant car sur le plan économique, Sarkozy a «fait beaucoup mieux» que Jacques Chirac en raflant 20 milliards d’euros de contrats. «Le plus gros» paquet commercial jamais passé par la France avec la Chine, s’était-il alors vanté : 160 Airbus, trois réacteurs nucléaires de dernière génération, plusieurs accords avec EDF et Alcatel… Les grands patrons accompagnant le chef de l’Etat ne cachaient pas leur satisfaction.

 

 

2008, année noire des relations franco-chinoises

 

La relation «donnant-donnant» franco-chinoise initiée par Jacques Chirac pouvait continuer. C’était sans compter sur la série d’événements qui, en 2008, ont ulcéré Pékin. En mars, alors que montaient les voix critiquant le silence de la France face aux violences survenues au Tibet, Nicolas Sarkozy est sorti de sa réserve. S’affirmant «choqué» par la répression chinoise, il a appelé son homologue Hu Jintao «à la retenue» ainsi qu’à renouer le dialogue avec le dalaï-lama. Début avril, les menaces de Paris de boycotter la cérémonie d’ouverture des JO et le passage chahuté de la flamme olympique, alors symbole de la fierté nationale des Chinois, dans la capitale française ont renforcé l’ire de Pékin. A tel point que des manifestations anti-françaises ont éclaté à travers le pays. Des appels au boycott des produits français et de Carrefour, très présent en Chine, ont aussi été lancés. Le point d’orgue de cette brouille est intervenu à la suite de la rencontre surprise entre le président français et le dalaï-lama, à Gdansk, en Pologne, en décembre 2008. La République populaire n’a alors pas hésité à annuler un sommet UE-Chine, accusant Nicolas Sarkozy de ne pas «respecter sa parole».

 

La France a ensuite dû déployer des trésors de diplomatie et de patience pour calmer la colère du géant chinois. L’atmosphère a commencé à se détendre au printemps 2009, lors d’une rencontre entre Nicolas Sarkozy et Hu Jintao en marge du sommet du G20 à Londres. Dans un communiqué publié simultanément à Paris et à Pékin, les deux gouvernements ont annoncé la reprise effective de leurs relations. Le texte rappelait la position traditionnelle de la France en soulignant que celle-ci «s’en tient à la politique d’une seule Chine et à sa position selon laquelle le Tibet fait partie intégrante du territoire chinois». En décembre 2009, le premier ministre François Fillon, en déplacement à Pékin, assurait que les «malentendus» franco-chinois étaient «dissipés».

 

 

Trouver le ton juste

 

La visite qu’entame mercredi le président français doit parachever ce processus de réconciliation. «2010 sera une année franco-chinoise exceptionnelle qui n’a aucun précédent», assure-t-on à Paris, où l’on parle de «retour à des relations sans nuages». La priorité du voyage, rappelle l’Elysée, est de «renforcer le partenariat stratégique entre les deux pays». Objectif : préparer le terrain pour espérer décrocher de nouveaux gros contrats, qui pourraient être signés lors de la visite à l’automne de Hu Jintao en France. Une attitude stratégique pour la France, qui s’apprête à prendre la présidence du G20 en novembre prochain et ne peut se permettre une nouvelle brouille avec le poids-lourd chinois.

Mais Nicolas Sarkozy, au plus bas dans les sondages, compte aussi profiter de ce voyage pour redorer son blason auprès des Français. Une opération séduction qui passe par l’expression de postions fermes sur les questions des droits de l’Homme. Un collectif de huit associations, dont Amnesty France et Reporters sans Frontières, ont appelé à ce que le président français profite de l’occasion pour «apporter un soutien sans faille aux militants des droits humains et de la démocratie dans le pays». Jean-Pierre Raffarin, qui a œuvré en 2009 pour la réconciliation en se déplaçant à plusieurs reprises à Pékin et qui fera partie du voyage cette semaine, a déjà prévenu qu’il comptait «parler du Tibet». Encore une fois, Nicolas Sarkozy va devoir manier l’art du compromis et trouver le ton juste pour aborder ces questions sensibles sans froisser ses interlocuteurs. La clé du casse-tête diplomatique chinois.



Libertés : Google classe et défie les gouvernements

Par Guerric Poncet

Libertés : Google classe et défie les gouvernements

Capture d’écran de la carte Government Requests publiée par Google © GOOGLE

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Les États n’ont qu’à bien se tenir : Google vient de publier une carte des requêtes gouvernementales adressées à ses services. En clair, le géant du Web dévoile, sur un planisphère, le nombre de demandes d’accès aux données privées et le nombre de demandes de suppression de contenus qu’il a reçues de la part de chaque gouvernement, ou presque. Un document très instructif…

« Nous voulons augmenter la transparence », a expliqué Peter Fleischer, conseiller de Google pour les données personnelles, lors de la présentation de la page « Government Requests » au siège parisien. « Il y a deux chiffres publiés pour chaque pays : le nombre de demandes d’accès aux données personnelles d’utilisateurs et le nombre de demandes de suppression de contenus », a-t-il poursuivi. Pour séduire et rassurer ses utilisateurs, Google est prêt à envoyer un signal négatif aux gouvernements en exposant au grand jour leurs pratiques sécuritaires, bonnes ou mauvaises. Les gouvernements apprécieront, d’autant plus que Google reste dans la légalité : à aucun moment les enquêtes ne sont compromises, car seules des statistiques sont publiées. Contacté par lepoint.fr mercredi après-midi, le ministère de l’Intérieur n’a pas encore réagi.

Deux types de demandes

Les demandes d’accès aux informations personnelles sont envoyées par les autorités d’un pays pour identifier un internaute, ou pour enquêter sur ses activités. Grâce aux traces informatiques conservées sur ses serveurs, Google sait tout de ce qu’un utilisateur a fait au cours des 9 derniers mois : ses recherches Web, ses emails ou encore sa navigation, mais aussi ses lieux de connexion ou la configuration de son ordinateur. Ces données sont très précieuses dans les enquêtes de police, mais leur transmission est très encadrée dans les régimes démocratiques.

Les demandes de suppression de contenus concernent, quant à elles, les services d’hébergement de Google : vidéos sur YouTube, par exemple, mais aussi blogs sur Blogger ou photos sur Picasa. Les éléments publiés par les internautes peuvent parfois être illégaux et les autorités font alors une requête officielle pour leur suppression. Pour le géant du Web, toute demande de suppression de contenu par un État est de la censure. « J’utilise ce terme de façon neutre », précise immédiatement Peter Fleischer, rappelant que la censure « n’est pas forcément illégitime » : elle peut servir la loi.

Parfois, les demandes sont infondées et Google les rejette : le taux d’acceptation est, lui aussi, publié par le moteur de recherche, mais seulement en ce qui concerne les demandes de suppression de contenus. Pas un mot sur le taux d’acceptation des demandes de données personnelles.

La France est très curieuse, mais censure rarement

La comparaison entre les pays est intéressante, même si les statistiques publiées ne couvrent que le deuxième semestre 2009. Alors que la France est cinquième au classement des pays qui demandent le plus souvent des données personnelles (846 demandes), elle fait partie de ceux qui n’exigent que très rarement la suppression d’un contenu (moins de 10 requêtes, dont 66 % acceptées). À l’inverse, l’Allemagne (82 millions d’habitants, contre 64 millions en France) n’a demandé que 458 fois des données personnelles, mais a émis 188 requêtes pour suppression de contenus, dont 94 % ont été acceptées (la lutte contre l’apologie du nazisme est certainement à l’origine d’un grand nombre de ces cas, selon Google).

Le pays qui s’en sort le plus mal est incontestablement le Brésil, de loin le pire élève des deux classements. Mais le succès des services comme Orkut (le « Facebook » made in Google) pourrait être une explication logique : un plus grand nombre d’utilisateurs entraîne un plus grand nombre de requêtes. Interrogé par lepoint.fr sur l’absence de la Chine sur la carte, Google reste évasif : « Nous ne connaissons pas les chiffres, vraiment », explique Peter Fleischer. Mais le site Government Requests évoque une autre explication : « Les autorités chinoises considérant les demandes de censure comme des secrets d’État. Nous ne pouvons pas dévoiler ces informations pour le moment. » Dommage.

LES CLASSEMENTS :

Demandes de données personnelles : Brésil (3.663), États-Unis (3.580), Grande-Bretagne (1.166), Inde (1.061), France (846), Italie (550), Allemagne (458).
Demandes de suppression de contenus : Brésil (291), Allemagne (188), Inde (142), États-Unis (123), Corée du Sud (64), Grande-Bretagne (59), Italie (57).
Classements complets sur www.google.com/governmentrequests/



La consommation des ménages en produits manufacturés augmente de 1,2% en mars

L’indicateur, en hausse pour la première fois depuis le début de l’année, enregistre quand même une baisse globale de 1,9% sur l’ensemble du premier trimestre.

 

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Selon l'Insee, la consommation des ménages en produits  manufacturés a augmenté de 1,2% en mars. (AFP) Selon l’Insee, la consommation des ménages en produits manufacturés a augmenté de 1,2% en mars. (AFP)Selon l’Insee, vendredi 23 avril, les dépenses de consommation des ménages français en produits manufacturés ont enregistré une hausse de 1,2% en mars par rapport au mois précédent, mais sur l’ensemble du premier trimestre elles ont chuté de 1,9%.

Pour la première fois depuis le début de l’année, l’Institut national de la Statistique enregistre une hausse de la consommation en produits manufacturé après une baisse de 2,5% en janvier et de 1,4% en février. Représentant environ un quart de la consommation totale des ménages, elle constitue un bon indicateur de la tendance générale.

 

Un indicateur conforme aux prévisions

Conformément à ses dernières prévisions, l’Insee estimait que la consommation totale des ménages alors soutenue par des achats massifs d’automobiles au dernier trimestre 2009 (+0,9%), allait être confronté, cette année, à un net ralentissement (+0,1%) au premier trimestre et même à un recul au deuxième (-0,2%).

Dans l’entourage de la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, la hausse enregistrée en mars est « cohérente avec la prévision de l’Insee qui table sur une progression de la consommation totale au 1er trimestre ». Cet indicateur prouve que « la demande des ménages continue de résister, au-delà des facteurs exceptionnels et donc temporaires du début de l’année », dont la réduction de la prime à la casse et les soldes d’hiver.

Traditionnel moteur de la croissance en France, ce fléchissement dans la consommation des produits manufacturés pourrait se traduire par une faible progression du produit intérieur brut (PIB) de 0,2% au premier trimestre.

 

(Nouvelobs.com avec AFP)



La loi Nome préserve le monopole d’EDF

La France demeure le seul pays européen à fonctionner en dehors des règles communes de la concurrence sur le marché de l’électricité et le projet de loi sur une nouvelle régulation devrait maintenir la situation de quasi-monopole d’EDF au détriment des consommateurs. Le texte fait même peser la menace d’une double peine pour les clients d’EDF.

L’avant-projet de loi sur le nouveau marché de l’électricité en France peut légitimement inquiéter les consommateurs. Tous les observateurs s’accordent à reconnaître qu’il a été rédigé au seul bénéfice d’EDF d’une part et que les consommateurs seront privés des bienfaits de la concurrence d’autre part. Pourtant, les nouveaux entrants ne demandent pas l’impossible. Ils réclament, pour continuer à vivre, l’accès à une électricité d’origine nucléaire au juste prix, c’est-à-dire autour de 34 euros le mégawattheure. À ce prix-là, EDF gagnerait honorablement sa vie.

EDF affirme régulièrement qu’elle dégage des marges de profitabilité grâce au tarif bleu. Prenons en acte ! Depuis l’ouverture à la concurrence du secteur de la distribution d’électricité, les nouveaux entrants achètent à EDF l’électricité d’origine nucléaire à un prix très supérieur au coût de production (autour de 46 euros). L’électricité est ainsi le seul grand marché dans lequel le prix de gros est supérieur au prix de détail !

Si la nouvelle loi devait maintenir un système aussi profondément déséquilibré, aucune concurrence ne serait possible et EDF conserverait son pouvoir de marché et… de fait, son monopole. Dans les couloirs d’EDF, on affirme que l’ouverture à la concurrence s’est traduite, à l’étranger, par une augmentation des prix. C’est vrai sur la forme, mais faux sur le fond. L’ouverture à la concurrence chez nos voisins a coïncidé avec l’envolée du prix des hydrocarbures. Dans des pays qui produisent leur électricité dans des centrales thermiques, la hausse du prix du pétrole a lourdement impacté le prix du kilowattheure. Il en irait autrement en France où l’électricité de base est soit d’origine nucléaire, soit d’origine hydraulique. À la différence de l’Allemagne, nous disposons de l’avantage nucléaire et, par conséquent, d’une électricité moins chère. On ne peut donc concevoir une ouverture du marché sans un partage a minima de la rente nucléaire, financée grâce aux travaux du CEA, lui-même abondés par le contribuable, puis par les « usagers » d’EDF à travers les tarifs aux particuliers et aux entreprises.

Le projet actuel fait par ailleurs peser la menace d’une double peine sur les clients d’EDF. Prétextant l’impact de la crise financière, l’exposé des motifs du projet de loi offre un délai supplémentaire de cinq ans à EDF pour reconstituer les coûts de démantèlement de la totalité des tranches nucléaires. Ceux-ci ont pourtant déjà été payés par les clients dans le cadre de leurs factures passées. Il semble cependant qu’EDF a placé les sommes dédiées au démantèlement des centrales sur des marchés à risque et aurait, dans le sillage de la crise financière, perdu une partie de ces provisions ! Les consommateurs vont donc payer deux fois ces provisions…

Avec ce projet, la stratégie de blocage de l’ouverture à la concurrence semble particulièrement bien fonctionner et les consommateurs risquent d’être privés des avantages d’un marché disputé et pluraliste.

Dans le secteur de l’électricité, la France est le dernier pays européen à rester en dehors des règles communes de concurrence. Deux procédures européennes visent d’ailleurs Paris, dont une pour des aides d’État. Le 15 septembre 2009, M. Fillon s’était pourtant engagé vis-à-vis de la Commission à ouvrir le marché en juillet 2010. L’enjeu n’est pas mince. Dans le cas où la France ne tiendrait pas sa promesse, la Commission pourrait exiger des entreprises françaises qu’elles remboursent la différence entre le prix de l’électricité payé au Tartam (tarif aidé pour les entreprises) et le prix du marché de gros. On imagine les conséquences collatérales pour l’économie française ! Dès lors, on comprend mal les manoeuvres entreprises en coulisse pour vider la loi de son contenu et préserver le monopole d’EDF, au mépris des règles communautaires et de l’intérêt bien compris des consommateurs.

Deux explications peuvent hélas être avancées. D’une part, la schizophrénie de l’État, actionnaire de l’entreprise, pris en tenaille entre ses intérêts patrimoniaux et les intérêts des consommateurs dont le pouvoir d’achat est pourtant une préoccupation affichée. D’autre part, l’accord stratégique tacite entre l’Élysée et la CGT, très attachée au maintien de ses bastions dans le secteur public et qui gère le comité d’entreprise d’EDF (représentant une cagnotte de 400 millions d’euros) depuis la Libération. Si tel est le cas, à qui profiterait cet axe Thibault-Sarkozy ? Certainement pas aux classes moyennes françaises qui ont porté le candidat Sarkozy à l’Élysée mais plutôt aux amis de M. Thibault et aux électriciens qui vont bénéficier cette année d’une augmentation de salaire de plus de 4%. Reste à savoir si M. Sarkozy pourra compter sur eux en 2012 ?

Pascal Perri, économiste et auteur de « EDF, les dessous du scandale », éditions JC Lattès



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