La leçon de Poutine

 
           
 

Franck Nouchi

 

L‘arroseur arrosé, un classique de l’entretien télévisé. C’était la semaine dernière, au cours du « 20 heures » de France 2. A Sotchi, David Pujadas interviewait Vladimir Poutine, le premier ministre russe. Plus précisément, il lui demandait s’il comprenait les inquiétudes des Français à propos des assassinats de journalistes et du manque d’indépendance des médias audiovisuels russes.

Bien calé dans son fauteuil, Vladimir Poutine en souriait d’avance : « Oui, je les comprends. C’est une vieille tradition des pays européens que d’imposer aux autres leurs règles et leurs standards. Souvenez-vous de la période de la colonisation de l’Afrique. Les Européens y débarquaient avec leurs lois, avec leurs règles et ils étaient fiers d’éduquer et de civiliser les indigènes. Concernant ces violations, elles existent partout. Si l’on prend par exemple la violation des droits de l’homme dans les prisons, chez vous, en France… » « C’est comparable ? », demanda Pujadas. « Evidemment. Il y a quelques années, les organisations de défense des droits de l’homme ont écrit des volumes gros comme ça concernant le respect de ces droits dans vos établissements pénitentiaires. Ces violations existent. Il faut lutter contre… »

David Pujadas préféra ne pas prolonger la discussion. Il aurait bien évidemment pu insister, demander des précisions sur les enquêtes en cours concernant certains des assassinats les plus emblématiques de la « décennie Poutine » : Anna Politkovskaïa, Natalia Estemirova, etc. Mais, il sentait Vladimir Poutine prêt à en découdre avec son sourire un rien provocateur. Encore un peu et il aurait pris un malin plaisir à évoquer la loi qui accorde au président de la République française le pouvoir de nommer lui-même les patrons de l’audiovisuel public….

A quelques jours près, Vladimir Poutine aurait également pu citer l’ordonnance du tribunal administratif de Rouen qui, vendredi 11 juin, a condamné en référé l’Etat français à indemniser 38 personnes qui se plaignaient d’être incarcérées ou de l’avoir été « dans des conditions n’assurant pas le respect de la dignité inhérente à la personne humaine » (dans ses attendus, le tribunal souligne qu’à la maison d’arrêt de Rouen, dite « Bonne Nouvelle », les conditions d’incarcération constituent « un manquement aux règles d’hygiène et de salubrité »).

A la suite de quoi, le premier ministre russe aurait pu conclure par un tonitruant : « Les prisons françaises constituent une honte pour votre République, ce n’est pas moi qui le dit, c’est votre président. »

Il n’en fut heureusement rien. Vladimir Poutine préféra s’en tenir aux considérations générales citées plus haut. Pour sa prochaine interview, il lui restera d’autres sujets d’actualité en réserve : la surpopulation carcérale, la forte augmentation du nombre de suicides dans les prisons françaises… Il est des leçons dont on aimerait pouvoir se passer.

Franck Nouchi

 



Laisser un commentaire

brest2008terresetmersdebret... |
Commune de GODEWAERSVELDE |
syndicalisme |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | LA GRIPPE PORCINE
| Kevin Long Production
| animaux