Pourquoi la bombe iranienne fait-elle plus peur qu’une autre ?

Camille Grand est directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), à Paris.

Est-il certain que l’Iran fabrique la bombe ?

Nous savons que, dès l’époque du chah , l’Iran s’est lancé dans un vaste programme nucléaire dont la double finalité – civile et militaire – est probable. Nous savons que la République islamique a poursuivi pendant plus de quinze ans (de 1987 à 2003) des activités illicites dans des sites non déclarés à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), notamment dans les domaines sensibles de l’enrichissement et du retraitement. Et ceci en violation de ses engagements internationaux. Nous savons, enfin, que l’Iran cherche encore à camoufler l’existence de sites nucléaires sensibles, à l’image des installations d’enrichissement enterrées près de Qom dont l’existence vient d’être révélée.

Les activités liées à l’enrichissement sont les plus immédiatement préoccupantes. Nous savons que l’Iran a acquis auprès du Pakistan, par l’intermédiaire du réseau A.Q. Khan, des centrifugeuses destinées à l’enrichissement de l’uranium. Nous savons qu’il n’existe aucune différence technique fondamentale entre enrichir de l’uranium à 5 % pour fabriquer du combustible et l’enrichir à 90 % pour obtenir de l’uranium de qualité militaire. Aujourd’hui, l’Iran fait tourner ou assemble plus de 8 000 centrifugeuses sur le site de Natanz, auxquelles il est désormais nécessaire d’ajouter 3 000 autres à Qom, alors que le programme nucléaire militaire britannique a commencé avec 16 centrifugeuses ! A ce rythme, l’Iran pourrait disposer de suffisamment de matières fissiles pour fabriquer une bombe dans l’année qui vient.

L’incohérence, aux plans économique et scientifique, de ces activités d’enrichissement, met en doute les explications iraniennes. L’Iran affirme vouloir produire son propre combustible en grande quantité alors qu’il ne dispose pas encore d’une centrale nucléaire opérationnelle et qu’en tout état de cause celle que fabrique la Russie à Bouchehr ne pourra pas, pour des raisons de sécurité, recevoir ce combustible iranien. C’est comme si, alors que je venais de commander une machine à laver le linge, j’exigeais de construire une usine de poudre à laver dans un bunker souterrain dans mon jardin !

A ces éléments s’ajoutent d’autres indices mis en lumière par les investigations de l’AIEA : l’Iran a mené des recherches nucléaires dans des domaines d’application exclusivement militaire (uranium métal, plan d’une sphère d’uranium). Enfin, il mène ouvertement un programme balistique qui l’a conduit à déployer et à tester une grande variété de missiles dont certains seront en mesure d’emporter une charge nucléaire à plusieurs milliers de kilomètres.

Si des incertitudes techniques demeurent sur l’efficacité des centrifugeuses iraniennes, sur le caractère plus ou moins resserré du calendrier (quelques mois ou quelques années), ou sur le choix iranien d’assembler une bombe ou de s’arrêter dans un premier temps au seuil nucléaire, tous les points précédents ont été documentés par des investigations internationales et ne sont pas contestés. Ils constituent un faisceau d’indices très inquiétant qui justifie la mobilisation internationale autour du programme iranien depuis plus de six ans.

Pourquoi l’Iran n’aurait-il pas le droit de la fabriquer ? Le Pakistan, l’Inde, Israël l’ont fait sans être condamnés ainsi…

A la différence des trois pays cités, l’Iran est signataire du traité de non-prolifération (TNP) depuis 1968 et s’est engagé dans ce cadre à ne pas acquérir ni chercher à acquérir l’arme nucléaire. En contrepartie de cet engagement, il a bénéficié d’une assistance internationale pour ses activités nucléaires pacifiques.

La crise iranienne naît avant toute chose de la violation répétée des règles internationales par l’Iran, qu’il s’agisse du TNP ou des résolutions du Conseil de sécurité et du refus de ce pays d’apporter les éclaircissements nécessaires et de geler ses programmes sensibles. Son droit à l’énergie nucléaire n’est pas contesté, la construction de la centrale de Bouchehr se poursuit d’ailleurs.

Pourquoi la dissuasion ne fonctionnerait-elle pas au Moyen-Orient, comme durant la guerre froide ou, semble-t-il, entre l’Inde et le Pakistan ?

La logique de la dissuasion n’est en effet pas l’apanage des pays du Nord et elle peut fonctionner dans d’autres contextes, même si la multiplication des acteurs nucléaires en rend l’exercice plus délicat. Elle nécessite cependant des acteurs désireux d’en accepter les règles et les multiples déclarations belliqueuses de Mahmoud Ahmadinejad ne laissent pas présager d’un comportement prudent compatible avec l’établissement d’une dissuasion stabilisatrice. Il faut aussi souligner que la question d’un Iran atomique dépasse de très loin la question d’une relation dissuasive avec Israël et engagerait la sécurité de tous les Etats de la région et au-delà.

La solution pourrait-elle consister à faire en sorte que l’Iran s’arrête au seuil nucléaire, comme le Japon ?

Le modèle dit « japonais » de maîtrise de l’ensemble du cycle du combustible nucléaire ne fonctionne que parce que le Japon a toujours accepté un strict contrôle international de ses activités qui sont toutes placées sous la surveillance de l’AIEA. L’Iran a, au contraire, cherché de manière répétée à soustraire ses sites sensibles au contrôle international. Si, dans les textes, rien n’interdit à l’Iran de s’engager à long terme dans cette voie, il appartient à Téhéran de rétablir la confiance avec le système international, après deux décennies de dissimulation, pour qu’une telle solution puisse être examinée.

Est-il sûr que d’autres pays de la région, suivront l’exemple de l’Iran s’il se dote d’une capacité nucléaire militaire ?

Le pire n’est jamais sûr, mais c’est un risque sérieux. Si l’Iran devient une puissance nucléaire, beaucoup d’acteurs régionaux (Egypte, Turquie, Arabie saoudite et d’autres…) vont légitimement s’interroger sur leurs choix stratégiques et devoir prendre des décisions difficiles. Plusieurs choix s’offrent à eux : se lancer à leur tour dans un programme nucléaire militaire, se doter de défenses antimissiles, faire appel aux alliés occidentaux pour bénéficier d’une nouvelle forme de dissuasion élargie. La bombe iranienne risque d’entraîner une prolifération en chaîne dans la région.

Plus généralement, l’incapacité internationale à résoudre la crise iranienne, même après que la Corée du Nord s’est retirée du TNP et a procédé à des essais, risque d’ouvrir une nouvelle ère nucléaire, où l’affaiblissement du TNP conduirait à une prolifération tous azimuts, chacun estimant possible de franchir le seuil nucléaire sans trop de risque. Les soupçons sérieux qui pèsent sur la Syrie ou la Birmanie laissent supposer que certains sont déjà passés à l’acte. Il est d’autant plus urgent de résoudre la crise iranienne.

Propos recueillis par Natalie Nougayrède

 



l’Iran a montré ses muscles en procédant lundi à des tests de missiles capables d’atteindre Israël

TEHERAN – A trois jours d’un crucial face-à-face avec les six puissances cherchant à le persuader de renoncer à ses activités nucléaires suspectes, l’Iran a montré ses muscles en procédant lundi à des tests de missiles capables d’atteindre Israël, la Russie ou des bases américaines du Golfe.

 

A trois jours d'un crucial face-à-face avec les six puissances cherchant à le persuader de renoncer à ses activités nucléaires suspectes, l'Iran a montré ses muscles en procédant à des tests de missiles capables d'atteindre Israël, la Russie ou des bases américaines du Golfe. (Reuters/Fars News/Ali Shayegan)

A trois jours d’un crucial face-à-face avec les six puissances cherchant à le persuader de renoncer à ses activités nucléaires suspectes, l’Iran a montré ses muscles en procédant à des tests de missiles capables d’atteindre Israël, la Russie ou des bases américaines du Golfe. (Reuters/Fars News/Ali Shayegan)

 

Ces nouveaux tests « réussis » du Shahab III ont été présentés comme entrant dans le cadre de manoeuvres défensives du puissant corps des gardiens de la Révolution et étant sans rapport avec l’actuelle tension avec les Six – Etats-Unis, Chine, Allemagne, Russie, France et Grande-Bretagne – à propos de la finalité ambiguë du programme nucléaire iranien.

 

Mais ils ont amené Javier Solana, porte-parole de la diplomatie européenne, qui conduira la délégation occidentale aux discussions de jeudi, à exprimer sa « préoccupation » et la Russie à faire appel à la retenue et au « bon sens » pour que cette réunion, prévue à Genève, soit couronnée de succès.

 

« Bien sûr c’est inquiétant, quand des tirs de missiles interviennent avec en toile de fond une situation non résolue autour du programme nucléaire iranien. Je suis convaincu qu’il faut de la retenue« , a dit le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

 

Quelques jours après la révélation par l’Iran à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de la construction d’une second site d’enrichissement de l’uranium jusque-là non mentionné, Solana a estimé que cette réunion devait conduire à des « engagements » nets de la part de Téhéran.

 

« MÉTHODE PROVOCATRICE« 

 

A Paris, le Quai d’Orsay a appelé l’Iran « à choisir la voie de la coopération et non celle de la confrontation, en cessant immédiatement ses activités profondément déstabilisantes et en répondant sans délai aux demandes de la communauté internationale, afin de parvenir à une solution négociée sur le dossier nucléaire« .

 

Le secrétaire au Foreign Office, David Miliband, a jugé pour sa part que ces tests de missiles s’inscrivaient dans le cadre d’une provocation visant à détourner l’attention de la réunion de Genève et appelé la communauté internationale à se concentrer sur cette dernière.

 

La Maison blanche a elle aussi déploré une provocation. « Il est clair qu’il s’agit d’exercices militaires préprogrammés. J’attribuerai cela à la méthode provocatrice utilisée par l’Iran sur la scène mondiale depuis un certain nombre d’années« , a dit le porte-parole de la présidence américaine, Robert Gibbs.

 

Interrogé sur ce Washington attend des Iraniens à Genève, il a répondu: « Qu’ils acceptent un accès immédiat et sans restrictions (à leur second site d’enrichissement de l’uranium). C’est le moins qu’ils puissent faire.« 

 

Un peu plus tôt, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton avait dit attendre de Téhéran « des preuves convaincantes » du caractère civil de ses activités nucléaires.

 

La révélation du second site en construction, près de Qom, a amené le président américain Barack Obama à durcir le ton, la semaine dernière, menaçant la République islamique de « sanctions qui font mal » en cas d’échec du dialogue. Mais Téhéran a réaffirmé son « droit » à maîtriser la technologie nucléaire.

 

Le principal négociateur iranien sur le dossier du nucléaire a invité les Six a adopter à Genève « une approche constructive pour régler des sujets de préoccupation mutuelle« , rapporte la chaîne de télévision iranienne Press TV.

 

Visiblement, les tirs expérimentaux de missiles iraniens ont pour but de dissuader Israël et les Etats-Unis, qui n’ont jamais exclu une action militaire contre les installations nucléaires iraniennes en cas d’échec de la diplomatie, de passer à l’acte.

 

L’IRAN « EN TRÈS MAUVAISE POSTURE« ?

 

Selon Press TV, le général Hossein Salami, qui commande l’aviation des gardiens de la Révolution, a souligné que « toutes les cibles dans la région, où qu’elles se situent, seront à la portée des missiles » iraniens testés lundi.

 

Le ministre iranien de la Défense, Ahmad Vahidi, un ancien chef des gardiens de la Révolution, a prévenu lundi Israël que tout attaque ne ferait qu’accélérer la disparition de l’Etat juif. « Si cela se produit, ce que, bien sûr, nous n’attendons pas, le résultat ultime sera de hâter la fin du régime sioniste« , a-t-il affirmé.

 

Outre Israël et les bases américaines du Golfe, les missiles iraniens sont en mesure, selon le général Nikolaï Rodionov, ancien commandant des forces de fusées stratégiques de l’armée de terre russe, de pénétrer en territoire russe jusqu’à la ville de Saratov.

 

A trois jours de la réunion de Genève, Javier Solana a estimé « prématuré » d’évoquer de nouvelles sanctions contre l’Iran, mais le secrétaire à la Défense américain Robert Gates a jugé la veille des sanctions préférables à une action militaire.

 

« Si aucune option n’est écartée, je pense qu’il y a encore de la place pour la diplomatie« , a-t-il dit. Pour Gates, le secret qui a entouré la construction d’un second site d’enrichissement de l’uranium près de Qom place la République islamique en position de faiblesse.

 

« Les Iraniens sont aujourd’hui en très mauvaise posture en raison de cette dissimulation, aux yeux de toutes les grandes puissances. C’est évidemment l’occasion de nouvelles sanctions sévères. Je pense que nous avons le temps d’y arriver« , a-t-il ajouté.



ULTIMATUM DE PITTSBURGH

L’Iran obtempère et ouvre ses portes à l’AIEA

 

Par Cyriel Martin

L'Iran obtempère et ouvre ses portes à l'AIEA

Face aux pressions internationales, le régime iranien semble obtempérer © Photo by Farzaneh Khademian/ABACAPRESS.COM

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Coup de bluff ou renoncement, l’Iran fait profil bas. « La République islamique d’Iran, dans le but de préserver son droit absolu d’utiliser à des fins pacifiques l’énergie nucléaire, a entrepris la construction d’une usine semi-industrielle pour le combustible nucléaire », a reconnu Ali Akbar Salehi, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, dans un communiqué repris par l’agence Irna, affirmant : « Le deuxième site d’enrichissement d’uranium opérera selon les règles de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ». Une réponse en forme de mise au pas, après l’offensive diplomatique que l’Iran a dû affronter, vendredi à la mi-journée.

En marge du sommet du G20 de Pittsburgh, aux États-Unis, Barack Obama, Nicolas Sarkozy et Gordon Brown ont accusé d’une même voix Téhéran d’avoir bâti une usine secrète pour fabriquer du combustible nucléaire. Avec une menace claire à la clef explicitée par le président français : des « sanctions » si la situation n’évoluait pas « d’ici décembre ». Un message de fermeté auquel s’est ajoutée la Russie et la Chine, un fait rarissime. Moscou et Pékin, qui prônent habituellement la non-intervention dans les affaires intérieures d’un pays, ont en effet tout deux appelé l’Iran à « coopérer avec l’AIEA ».



Les pays du G20 ont conclu un accord définitif

PITTSBURGH – Les pays du G20 ont conclu un accord définitif sur l’encadrement des bonus bancaires qui appelle les autorités nationales de régulation à sanctionner les institutions enfreignant les règles en vigueur, en leur infligeant par exemple des exigences de capitalisation plus strictes, apprend-on de source européenne du Groupe.

Selon une source européenne, les pays du G20 ont conclu un accord définitif sur l'encadrement des bonus bancaires qui appelle les autorités nationales de régulation à sanctionner les institutions enfreignant les règles en vigueur, en leur infligeant par exemple des exigences de capitalisation plus strictes. (Reuters/Jim Bourg)

Selon une source européenne, les pays du G20 ont conclu un accord définitif sur l’encadrement des bonus bancaires qui appelle les autorités nationales de régulation à sanctionner les institutions enfreignant les règles en vigueur, en leur infligeant par exemple des exigences de capitalisation plus strictes. (Reuters/Jim Bourg)

Le texte définitif de l’accord est jugé bon du point de vue de l’Union européenne, a déclaré la source.

Ce texte inclut aussi un accord sur le rééquilibrage de l’économie mondiale et souligne la nécessité de la responsabilité budgétaire et des réformes structurelles, a ajouté la source.



CDDP

Défense des droits des pères
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